Le jeu d'adam

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Li jus Adan, l’anti-méta-théâtre.

 

Li jus Adan est une pièce, de théâtre. La première. Pas la première comédie profane comme on l’a dit, car ce n’est pas une comédie : elle est en amont et au-delà de la distinction comédie/tragédie. Pas profane, au juste, car en aval de la distinction religieux/profane. Y ondoie, en dehors de toute référence, hors cadre, la gamme étendue des conduites humaines : provocation, désir, peur, colère, lâcheté, rêve, désillusion, nostalgie, escarmouches, arnaque, rire, plaisir... 

 

 

Présentation de la pièce par Jacques Rebotier

Li jus Adan n’a pas d’objet ; pas de sujet non plus. On peut dire que le sujet en est l’auteur lui-même, et l’objet ses pensées, le cours même de sa pensée ; théâtre réflexif, théâtre de rien, ou presque. Il ne s’y passe à proprement parler rien, sinon le moment qui passe. Pas d’action, pas de personnages non plus ; des gens, plutôt. La place d’une ville, ses faubourgs, un bois, une taverne. Un départ arrêté. Cela joue, le pur jeu de l’invention. La représentation, simple présentation du présent. Posé là sur la scène, cet ordre transparent et chaotique de la vie elle-même. Adan, nada.

Mais la scène du Jus d’Adan est aussi l’endroit d’un monde à l’envers. Annoncer à grandes trompes son départ et rester planter là, cracher au visage de celle que l’on aime – de la haine courtoise, sans doute –, battre son père, que l’on soit clerc ou son double le fou, peindre ses amis en médiocres, ramener le savoir, la religion, l’art et la science à leur degré zéro, qui fait d’un médecin et d’un moine des charlatans, des fées des êtres inconséquents, versatiles, plus terre à terre encore que les humains, et du cercle aimé de poésie un concours de nullité. 

Les personnages meneurs du jeu sont peut-être ceux que l’on ne voit jamais : Marie, Hellequin, Fortune... La Femme, contre-idéalisée ; un anti-Dieu petit, cavalcades et pacotille ; l’Heur aléatoire et circulant du pouvoir et de la mort.

Adan dit qu’il part, et il ne part pas. Il dit qu’il quitte sa chère Marie, et il reste. Mais, in fine, son reflet « hors de sens », lui, s’en ira, et pour se marier, montant sa vache de père. Si Adan prend soin de dauber d’abord, et pour de faux sans doute, ceux qu’il aime, à commencer par lui-même, sa propre irrésolution, ensuite sa jeune femme, une claire mocheté, qu’il convient de contre-blasonner en détail, et puis son père, hypocrisie et pingrerie, c’est sans doute pour mieux faire passer la pilule : il peut ensuite se payer pour de vrai les détenteurs du pouvoir, échevins clientélistes et administration corrompue, avec cette prudence deuxième qu’il parle maintenant par la bouche des autres personnages. Mais le plus extraordinaire est ceci. Li jus Adan, ce n’est pas du théâtre dans le théâtre, cette tarte à légère couche de crème, parcours obligé du théâtre moderne par tradition. Beaucoup plus fort : le théâtre est la ville, la ville est le théâtre ; les habitants de la ville sont les acteurs eux-mêmes, qui sont les spectateurs, qui sont le sujet de la pièce et l’objet de la critique, acide jeté soudain en leur pleine face... La seule représentation peut-être que connût jamais le théâtre, et qui d’ailleurs resta unique, un certain 3 juin 1276. Jamais par la suite la scène ne sut retrouver un tel méta-théâtre, et d’aussi douce violence.

 

 

presse

Le Parisien : « Les Comédiens-Français en profitent pour se déchainer et jouer la folie en multipliant les acrobaties. »
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L'express : « Le plaisir de saynètes déjantées » L.L.
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Financial Times : « Rebotier and translator-poet Jacques Darras take real risks with their contemporary injections - TV gameshows, fairy-turned-weather-forecaster, evocations of France's fallen business icons. » Clare SHINE
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Le Monde : « Rebotier et Darras ont effectué un formidable travail "d'adaptation", de lien entre l'imaginaire de l'époque et le nôtre. » Fabienne DARGE
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Télérama : « Tableau grotesque et dérisoire, satire corrosive d'un univers sans idéal, déjà étrangement petit-bourgeois et qui tourne cruellement à vide... On chercherait vainement quelque trace d'amour courtois dans cette farce. » Fabienne PASCAUD
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L'écho : « L'histoire ? Il n'y en a pas. Tout est jeu» Annité COPPERMANN
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La Terrasse : « Un charivari joyeux et grinçant, où le monde danse sur sa tête et en vers de huit pieds, farcis de calembours. » Gwénola DAVID
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Création 2003 Théâtre du Vieux Colombier Paris
spectacle musical
jeune public

distribution

Auteur, Compositeur
Adam de la Halle
Mis en scène et adaptation
Jacques Rebotier
Delphine de Stoutz
Scénographie et Costumes
Virginie Rochetti
Lucie Lelong
Etienne Chailloux
Sons
Bernard Valléry
Matthieu Querry
Interprètes
Olivier Augrond
Sylvia Bergé
Jean Dautremay
Marc Duvernois
Jérémie Lippmann
Alain Pralon
Julie Sicard
Fanny Soriano

production

Production voQue

tournée

Théâtre du Vieux Colombier - Paris