Für Ludwig

installation postale & sonore

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Depuis près de 30 ans Jacques Rebotier envoie régulièrement des courriers à Beethoven, dans tous les pays du monde. Dans des enveloppes à en-tête chapardées dans des administrations, théâtres, hôtels, ministères… Ces bouteilles à la mer musicale sont restées jusqu’à présent sans réponse de l’intéressé, mais les enveloppes reviennent, marquées de cachets divers: parti sans laisser d’adresse, refusé, inconnu… Sept d’entre elles portent cette mention étrange mais indéniable : décédé (vestorben, deceduto).

Cette exposition est un hommage à ce postier inconnu et zélé.

 

Cher Ludwig Depuis 1982, j’entretiens avec toi une correspondance suivie, malheureusement à sens unique. J’ai beau te clamer mon enthousiasme, poster d’un peu partout des lettres enflammées, dans des enveloppes hautement personnalisées, souvent confectionnées avec mes moyens du bord, ou au contraire pourvues de l’en-tête le plus officiel, chapardé dans les couloirs des ministères ; dûment affranchies au tarif en vigueur ou timbrées à la va-comme-je-te-pousse ; de chez moi, France, ou de tout autre pays du monde, Monde : inexorablement elles me reviennent. Luigi, pourquoi restes-tu sourd à mes appels ? Au fil des années ce dialogue fantôme a fini par virer en un dialogue avec la poste elle-même. Les retours à l’envoyeur, leurs annotations, cachets, tampons, me sont peu à peu apparus eux-mêmes des messages, et témoignages : de la continuité, ou discontinuité, d’un service public, du sens de l’investigation de son département recherche, de la sagacité d’un postier. Hommage à ce guichetier anonyme assez au fait de la biographie du maître pour être capable de m’informer qu’il a « déménagé » ! Merci à ces autres, sentinelles ultimes d’un bien collectif rongé par l’accumulation capitale, qui poussent la conscience professionnelle et l’enquête assez loin pour pouvoir in fine tamponner « n’habite plus à l’adresse indiquée » ; ou bien que Luis B. est parti sans en laisser, quand ce n’est pas pour toujours : « décédé », « deceduto », « gestorben » ! Mais honte à l’employé ignare qui ose écrire de toi « unbekannt », inconnu » ! Qu’il soit licencié sur-le-champ ! Engagez des vacataires Bac + 9 payés Bac – 9, cela ira beaucoup mieux ! Pom-pom-pom-pom. Luigi, ou Lewis, wo ist du ? Mais dove ? Donde ? Clovis, ubi es ? Il est sûr que le dénommé van B. écrivait lui-même des lettres, ne serait-ce qu’à une certaine Élise. On sait depuis peu que la destinataire vient d’être identifiée : Elisabeth Roeckel. J’ai donc bon espoir. Cher Louis, ne me contrains pas à user de la force, ou de plus grands moyens encore : placarder partout des wanted infâmants, mettre ta tête à vil prix sur la toile d’araignée, exhiber dans une exposition au pilori les 267 lettres que ton silence m’a retournées, lancer un avis théâtral de recherche sur les scènes de l’univers, y jeter un super-inspecteur pianiste, lui-même un peu timbré sur les bords, 88 bords dentelés noir et blanc et oreille droite dressée sur tes traces. Ô mon bien-aimé lointain, si tu lis ce message, écris plutôt au plus tôt à Poste restante, ou ce qui en restera, écris-moi n’importe où, mais vite, ça arrivera, ça viendra, il arrivera bien un jour que tout arrive. Vale. Josip Rčplotz

 

 

Seit fast 30 Jahren schickt Jacques Rebotier aus aller Herren Länder regelmäßig Post an Beethoven. Auf offiziellen Kopfbögen, gestiebitzt aus Ämtern, Theatern, Hotels, Ministerien etc. Diese musikalische Flaschenpost sind bis heute vom Adressaten unbeantwortet geblieben. Die Umschläge allerdings kommen zurück, mit diversen Stempel und Siegeln versehen : verzogen, ohne Adresse zu hinterlassen, zurück, unbenkannt verzogen… Sieben von ihnen tragen den seltsamen, nicht zu leugnenden Vermerk :  vestorben  (décédé, deceduto).

Die Ausstellung ist eine Hommage an den unbekannten, eifrigen Postbeamten.

 

Lieber LudwigSeit 1982 stehe ich mit Dir im ununterbrochenen Briefwechsel, der leider nur einseitiger Natur ist. Sosehr ich Dir auch meinen Enthusiasmus lauthals beteuere, glühende Briefe von fast überall schicke, in äußerst personalisierten Umschlägen, häufig mit bescheidenen Mitteln angefertigt, oder, im Gegenteil, versehen mit höchst offiziellen Kopfbögen, stibitzt in den Fluren der Ministerien; vorschriftsmäßig nach geltenden Tarifen oder nach Gutdünken frankiert; von Frankreich, wo ich zu Hause bin, verschickt oder aus jedem anderen Land der Welt, Welt : unerbittlich kommen sie zurück. Luigi, warum bleibst Du meinen Apellen gegenüber taub? Im Laufe der Jahre ist aus diesem Scheindialog ein Dialog mit der Post selbst geworden. Die Rücksendungen an den Absender, die Anmerkungen, Siegel und Stempel erschienen mir nach und nach als die eigentlichen Botschaften, als Zeugnisse: Zeugnisse der Kontinuität, oder der Unterbrechung, eines öffentlichen Dienstes, des Fahndungsdrang seiner Ermittlungsabteilung, des Scharfsinns eines Postbeamten. Hommage an den anonymen Schalterbeamten, der ausreichend über die Biographie des Meisters informiert ist, um mir mitteilen zu können, dass dieser „umgezogen“ ist! Dank an die anderen, die letzten Wachposten des durch Kapitalanhäufung zerfressenen Gemeinguts, die das professionelle Bewusstsein als auch die Suche weit genug treiben, um letztendlich stempeln zu können: « wohnt nicht mehr an angegebener Adresse » oder auch, dass Luis B. ohne eine neue anzugeben, verzogen ist, wenn es nicht gar endgültig heißt: « décédé », « deceduto », « gestorben » ! Aber Schande dem unkultivierten Angestellten der sich traut von Dir zu schreiben « unbekannt », inconnu » ! Dass er auf der Stelle gefeuert werde! Stellen sie freie Mitarbeiter mit Diplom und Doktortitel ein, die wie Hauptschulabgänger bezahlt werden, und es wird viel besser laufen! Pom-pom-pom-pom. Luigi, oder Lewis, wo bist du ? Mais dove ? Donde ? Clovis, ubi es ? Man kann sicher davon ausgehen, dass der sogenannte van B. selbst Briefe schrieb, wenn auch nur an eine gewisse Elise. Seit kurzem weiß man, dass die Empfängerin identifiziert wurde: Elisabeth Roeckel. Also bin ich guter Hoffnung. Lieber Louis, zwing mich nicht, Gewalt anzuwenden oder noch schlimmere Methoden: z.B. überall entehrende wanted zu plakatieren, einen Spottpreis auf deinen Kopf im World Wide Web auszusetzen, die 267 Briefe, die dein Schweigen mir zurückgeschickt hat, in einer Ausstellung an den Pranger zu bringen, eine theatralische Suchanzeige auf den Bühnen des Universums aufzugeben. Oh mein entfernter Geliebter, wenn Du diese Nachricht liest, schreibe lieber früher als später an postlagernd, schreib mir egal wo, aber schnell, es wird ankommen, es wird sicher ein Tag kommen, an dem alles (an-)kommt. Vale. Josip Rčplotz

 

 

Création festival Rainy days / Philharmonie du Luxembourg

distribution

Conception, texte, musique
Jacques Rebotier
Scénographie
Virginie Rochetti
Design sonore
Bernard Valléry
Textes et musique joués et dits par
Alexandre Tharaud

production

Production

Festival Rainy days / Philharmonie du Luxembourg

Coproduction

Festival Amadeus / Grange de la Touvière (Suisse)