Éloge de l'ombre

Texte de Junichiro Tanizaki

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Dans Éloge de l'ombre, Jacques Rebotier - metteur en scène - nous fait découvrir l'un des sommets de la littérature japonaise. Sur scène, une comédienne - la rayonnante Dominique Reymond -, un musicien et une danseuse livrent le combat intime du clair et de l'obscur, du regard et de la vérité. Radical et raffiné. Bienvenue en Paradoxie.

 

« Publié en 1933, Éloge de l'ombre est une manière de chef-d'oeuvre dont le sujet est l'objet même. Traité d'esthétique japonaise, déguisé en carnet de notes personnelles, labyrinthe mental servi par un style acéré, il traite de l'obscur contre le clair, avec les armes de la pénombre, de l'équivoque et de la demi-teinte. » Jacques Rebotier

 

Extrait de la pièce « J'ai publié naguère un article dans lequel je comparais le stylo et le pinceau; eh bien, supposons que l'inventeur du stylo ait été un japonais ou un chinois d'autrefois, il est bien évident qu'il l'aurait muni non point d'une plume métallique, mais d'un pinceau. Et ce serait non pas une encre bleue, mais quelque liquide analogue à l'encre de Chine qu'il se serait ingénié à faire descendre du réservoir jusqu'aux poils de ce pinceau. Par voie de conséquence, les papiers de type occidental ne convenant pas à l'usage du pinceau, il eût fallu, pour répondre à une demande accrue, produire en quantité industrielle un papier analogue au papier japonais, une sorte de hanshi amélioré. Et si le papier, l'encre de Chine et le pinceau s'étaient développés dans cette voie, la plume métallique et l'encre occidentale n'auraient jamais connu leur vogue actuelle, les partisans des caractères latins n'auraient trouvé aucune audience, et nos idéogrammes auraient été l'objet d'une prédilection unanime et puissante. Ce n'est pas tout : notre pensée et notre littérature elles-mêmes n'auraient pas imité aussi servilement l'occident et qui sait? peut-être nous serions-nous acheminés vers un monde nouveau tout à fait original... J'admets volontiers que, tenus à l'écart d'une civilisation aussi remarquable, nous n'aurions réalisé que fort peu de progrès matériels; il suffit d'aller dans les campagnes de la Chine ou de l'Inde, pour y découvrir des modes de vie qui n'ont guère changé depuis les temps de Bouddha ou de Confucius. Mais quoi qu'il en soit, la direction que nous avions prise était sans doute celle qui convenait à notre nature propre.
Et bien plus tard, peut-être, à force d'avancer par petites étapes, rien ne dit qu'un jour nous n'aurions pas inventé les instruments d'une civilisation avancée, l'équivalent des tramways actuels, des avions, de la radio, lesquels eussent été non plus des emprunts faits à autrui, mais des objets réellement adaptés à nos besoins propres. Et si nous avions nous-mêmes inventé le phonographe ou la radio, il est probable qu'ils seraient conçus de manière à mettre en valeur les qualités propres à notre voix et à notre musique. Dans son principe, en effet, notre musique est caractérisée par une certaine retenue, par l'importance qu'elle apporte à l'ambiance, si bien que, enregistrée puis amplifiée par des hauts-parleurs, elle perd une bonne moitié de son charme. Dans l'art oratoire, nous évitons les éclats de voix, nous cultivons l'ellipse, et surtout nous attachons une importance extrême aux pauses ; or, dans la reproduction mécanique du discours, la pause est totalement détruite. Et c'est ainsi que pour avoir accueilli ces appareils, nous avons été amenés à dénaturer nos arts.
 »

 

presse

Télérama « Rebotier arrive, une fois de plus, à saisir dans son essence une civilisation qui ne va pas fort. » J. SCHIDLOW
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Libération « En expert des mots et de ses jeux, Rebotier semble avoir voulu ici leur laisser toute la place, en multipliant les dispositifs propes à imprimer au specteur le rythme de la lecture et de l'écriture.  » Alain DREYFUS (21 oct 1997)
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Les Inrockuptibles « Il entre par effraction dans un chef d'oeuvre de Junichiro Tanizaki nullement écrit pour le théâtre, et tente encore l'impossible. » Pierre HIVERNAT
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L'express « Une mise en parallèle des mentalités occidentales et japonaises. » L.L.
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Hebdoscope « Un spectacle très surprenant qui dérange parce qu'il ne flatte guère notre narcissisme, notre foi dans le progrès, tout en situant bien au-delà du Bien et du Mal » Francis GRISLIN (avril 1998) Lire l'article complet >

 

Aden « Dominique Reymond - modulant sa voix, de profil, assise sur une chaise, son corps, son visage se transforment au fil du récit et prennent une forme hallucinatoire. »
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Journal du dimanche « Un pari relevé, mettre en scène de l'essai de Tanizaki, un texte qui relève de l'exercice labyrinthique. » A .C.
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Le Figaro « Ce bricoleur spirituel n'a pas fini de nous étonner » Armelle HELIOT

 

 

 

 

 

Création 1997 Théâtre Nanterre-Amandiers

distribution

Texte
Junichiro Tanizaki
Mise en scène et musique
Jacques Rebotier
Assistant à la mise en scène
Frédérique Bruyas
Décors et costumes
Virginie Rochetti
Lumière
Bertrand Couderc
Avec
Dominique Raymond
Ivan Stochl
Benoit Viratelle
Karin Waehner
Yumi Fujitani

production

Compagnie voQue
Coproduction Théâtre Nanterre-Amandiers
Soutien du Ministère de la Culture et de la SPEDIDAM

tournée

14 Octobre 1997 - 16 Novembre 1997
Théâtre Nanterre-Amandiers
24 Mars 1998 - 08 Avril 1998
Théâtre National de Strasbourg
03 Novembre 1998 - 22 Novembre 1998
Théâtre Nanterre-Amandiers
03 Mai 2001 - 27 Mai 2001
Théâtre Molière - Maison de la Poésie